La Troupe d’aviation suisse
                         et la 2ème Guerre mondiale
Par  Fernand Carrel et Laurent Parra
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Morane suisse

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Trois couloirs aériens sont néanmoins laissés ouverts afin de permettre la poursuite du trafic civil international. A cette époque, l’Italie n’étant toujours pas entrée en guerre, la frontière Sud-est ne fait l’objet d’aucune mesure particulière.

Tout au long des six années de guerre, le territoire helvétique va devenir la terre d’asile de nombreux appareils aussi bien alliés qu’allemands et même italiens. Le premier appareil étranger à se poser en Suisse, peu de temps avant l’offensive de mai 1940, est allemand. Il s’agit d’un Do 17 Z-3 du Stab III./KG 2 qui se pose à court de carburant sur l’aérodrome de Bâle après s’être égaré. Il est ainsi le premier des 186 appareils qui seront internés en Suisse au cours des 5 années qui vont suivre. Après avoir été muni des cocardes suisses et testé en vol, le bombardier sera finalement restitué à l’Allemagne en septembre 1940.

Dés le déclenchement du Blitzkrieg, le 10 mai, ce sont les Compagnies de chasse dotées de Messerschmitt Me 109 E qui, les premières, s’opposeront avec vigueur à l’aviation allemande. S’étant légèrement renforcées depuis septembre 1939, les Troupes d’aviation alignent désormais 207 appareils dont 87 chasseurs de construction allemande (77 Me 109 E-3 et 10 Me 109 D-1) prêts à affronter leurs frères jumeaux d’outre Rhin. Aux côtés de ces appareils modernes et bien armés, on trouve aussi 38 Morane D-3800. Arrivés depuis peu dans les unités, les pilotes sont encore loin de maîtriser cet appareil moderne qui, malgré certains défauts, représente un changement radical par rapport aux antiques biplans qui jusque là équipaient ces unités. Bien que bénéficiant d’une formation solide, les pilotes suisses sont encore peu nombreux, ne disposant notamment d’aucune réserve susceptible d’assurer une quelconque relève dans le cas ou des pilotes seraient mis hors de combat ou en cas de combats prolongés. (photo 1)

Me 109 patrouille suisse

Me 109 en patrouille
 sur les Préalpes
Photo 1

Dès le 10 mai à l’aube, un premier combat aérien met aux prises un Me 109 E de la Compagnie d’aviation 6 piloté par le lieutenant Hans Thurnherr avec un bimoteur allemand non identifié à l’Est de Bâle (il s’avèrera plus tard qu’il s’agissait d’un Ju 88). Au terme d’un bref échange qui ne débouche sur aucun résultat visible, les deux appareils regagnent leurs bases respectives sans encombre, marquant ainsi le point de départ de combats qui vont progressivement devenir de plus en plus violents entre la Luftwaffe et la Troupe d’aviation suisse. Le même jour, en fin d’après-midi, un He 111 du III/KG 51 pénètre en Suisse aux Brenets et vole en direction du lac de Constance, probablement afin de raccourcir son vol de retour d’une mission de bombardement dans la région de Dôle (F). Il est intercepté ä Bütschwil par la patrouille d’alerte de Dübendorf, composée de deux Me 109 E de la Fl Kp 21 pilotés par le capitaine Hörning et le premier lieutenant Ahl. Après un tir de semonce resté sans résultat, l’appareil allemand est attaqué et finit par s’abattre dans un marécage en territoire autrichien, juste au-delà de la frontière suisse. C’est la première victoire aérienne de la chasse helvétique.

Entre le 10 mai et le 8 juin 1940, les Suisses descendent  dix appareils allemands : cinq Heinkel He 111 et cinq Messerschmitt Me 110. La DCA abat en plus un appareil allemand de type non identifié (probablement un He 111), qui s’écrase du côté français du Jura. De leur côté, les Suisses perdent  un Me 109 et un C-35 au cours des 8 premiers jours de juin, à l’occasion de combats aériens qui se déroulent essentiellement au-dessus du Jura. La deuxième victoire revendiquée par la Troupes d’aviation est obtenue le 16 mai et versée au crédit des premiers lieutenants Victor Streiff et Richard Kisling, tous deux pilotes basés à Dübendorf et affectés à la Fl Kp 21. Il s’agit d’un He 111 égaré qui, après avoir été endommagé par la Défense Contre Avions dans le secteur de Zurich / Dübendorf est finalement attaqué et touché par les deux chasseurs suisses (qui tirent 1200 cartouches de 7,45 mm et 120 obus de 20 mm), après que son mitrailleur de tourelle arrière ait ouvert le feu sur eux. Le bimoteur allemand disparaît alors dans les nuages, dont il ressort dans la région de Dübendorf où il essuie encore le tir d’une batterie de DCA 20 mm.  Si deux membres d’équipage blessés abandonnent l’appareil troué comme une passoire avant que celui-ci ne s’écrase, les deux derniers occupants survivent miraculeusement au crash spectaculaire de l’appareil, parvenant à s’échapper avant d’être repris au moment même où ils s’apprêtaient à monter dans un train pour gagner la frontière allemande.  Ils rejoignent leurs camarades du KG 2 précédemment internés.

Heinkel 111 abattu / Plt. Streiff et Kisling

Photo 2. Heinkel 111 abattu près d’Illnau (ZH) par les plt Streiff et Kisling de la Fl Kp 21.
         On compte 250 impacts d’obus de 20 mm et de balles de 7,45 mm. Il a été mis à feu  par les
          deux derniers occupants.

La troisième victoire aérienne, remportée le 1er juin par le capitaine Jean Roubaty, commandant de la Compagnie d’aviation 6, se termine de manière plus tragique pour les 5 occupants du Heinkel He 111 du 4./KG 53 qui se disloque littéralement en s’écrasant sur les hauteurs à l’Ouest du lac Bienne, provoquant la mort de tous les membres d’équipage.

Une heure plus tard, une patrouille double de la même Compagnie est à nouveau en l’air pour intercepter les bombardiers du même groupe qui se trouvent désormais sur le chemin du retour et qui, cette fois-ci, survolent massivement l’espace aérien helvétique.

Contrairement à la première interception qui n’avait impliqué qu’un avion isolé, les chasseurs suisses se retrouvent maintenant face à une formation beaucoup plus conséquente, forte de deux douzaines de bombardiers. Afin d’épauler les deux chasseurs déjà en place, deux patrouilles de la Fl Kp 15 sont envoyées en renfort. Dans la mêlée qui suit, deux pilotes suisses (lieutenant Paul Schenk de la Cp av 6 et le capitaine Werner Lindecker de la Fl Kp 15) parviennent à tirer sur l’un des bombardiers qui se pose finalement en France où l’équipage allemand, indemne, est fait prisonnier. Dès le lendemain, 2 juin,  nouvelle incursion d’un He 111P-2 du 8./KG 55 qui, séparé de son groupe à l’occasion d’un bombardement sur l’aéroport de Lyon-Bron, est touché par des Potez 631 de l’ECN 5/13. Moteur droit endommagé, il annonce alors par radio qu’il rentre en Allemagne en coupant par la Suisse. Après avoir échappé au tir de la DCA dans le secteur de Genève, il est sur le point d’atteindre son but lorsqu’il est surpris par deux Me 109 qui, ayant été informés de la présence du bombardier, se sont positionnés en vue de l’intercepter. Après une attaque aussi brève qu’efficace du capitaine Lindecker et du lieutenant Erwin Aschwanden, tous deux de la Fl Kp 15, le bimoteur allemand se pose train rentré dans un champ, à 300 mètres du cantonnement d’une Compagnie de fusiliers suisses qui accourent immédiatement. Grièvement blessé à la tête, le mitrailleur est retiré avec précaution des décombres de l’appareil. Il décède le lendemain alors que les quatre autres membres d’équipage sont conduits en captivité, après un bref passage à l’hôpital pour deux d’entre eux.

Par le sang versé.

Face aux succès remportés par la Troupes d’aviation et devant l’impunité dont celle-ci jouit sur son territoire, la Luftwaffe va intensifier la pression aux abords immédiats de la frontière en envoyant des patrouilles de chasseurs lourds Me 110. Tout au long de l’après-midi du 4 juin, c’est le grand cirque au-dessus du Jura. Tous les Zerstörer du II/ZG 1 ainsi que plusieurs He 111 du KG 55 sont engagés  sur l’ordre de Göring. Ils multiplient les violations de l’espace aérien, provoquant les nombreuses patrouilles suisses qui, avec plus ou moins de succès, se lancent à la poursuite des chasseurs inconvenants.

L’alarme est sonnée à 14h22. La première rencontre entre les deux camps a lieu en début d’après-midi, au cours d’un combat entre une douzaine de Zestörer et des chasseurs français, affrontement qui débute au-dessus du territoire français et qui se déporte petit à petit de la zone de Pontarlier vers la frontière suisse toute proche. Le pilote et l’observateur d’un vénérable C-35 de la Cp av 1 (lieutenants Morier et Feldmeier) en patrouille sur le Jura, tentent avec une incroyable audace de s’interposer sans y parvenir. Peu après, l’équipage suisse surprend encore un He 111 isolé sur lequel il tire de loin sans le toucher. Dans le même temps, la chasse suisse met en œuvre tous les moyens disponibles : à 14h30, deux Me 109 E de la Fl St 15 (premier lieutenant Kuhn et lieutenant Aschwanden) décollent de la base d’Olten, suivis à 14h58 par deux Me 109 E de la Cp av 6 (lieutenants Benoît et Wachter) qui partent de Thoune. A 15h03, ce sont deux Morane D-3800 de la Fl Kp 13 (premier lieutenant Wittwer, lieutenant Heiniger) qui s’envolent de Bözingen, suivis à 1515 par le Me 109 du lieutenant Aschwanden qui repart pour la deuxième fois. A 15h19 la Fl Kp 15 engage trois Me 109 (premier lieutenant Homberger, lieutenant Egli, premier lieutenant Rufer). A 15h23 , deux Me 109 de la Fl Kp 9 basée à Lausanne (cap Hitz, lieutenant Nipkow),  prennent la direction du Jura. La Fl Kp 15 poursuit son effort en envoyant à 15h35 une nouvelle patrouille. Une patrouille de Morane de la Fl Kp 14 et une dernière patrouille de Me 109 de la Fl Kp 15 prennent également l’air mais n’auront pas de contact avec l’ennemi. (photo 3)

La mêlée est totale. Le premier affrontement débute au-dessus du Doubs, entre les deux pilotes de la Cp av 6 et trois Me 110. Le lieutenant Benoît parvient à placer une rafale sur une aile d’un des Me 110 qui vire immédiatement en direction de la France ; il ne peut pas constater l’issue de son tir car il doit lui-même se dégager des deux autres Me 110 qui sont dans sa queue. Les pilotes suisses commencent à avoir le sentiment de faire l’objet d’un jeu consistant à les attirer sciemment dans un piège tendu par des Me 110 très réactifs.

Tout au long de l’après-midi, les combats de plus en plus violents et de plus en plus structurés se développent.

M3 109 - Départ en alarme
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