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Comme le calme avait très vite été rétabli avec le concours de la gendarmerie civile et vu que les perturbateurs avaient rejoint leurs cantonnements relativement tôt, le soussigné trouva Interlaken dans son calme habituel lorsqu’il arriva sur les lieux ; il fut donc convenu que les faits seraient éclaircis au début du jour.
Il ressort de notre enquête les faits suivants :
Dans la soirée du 5 novembre 1965, les pilotes de l’Esc av 3, qui terminaient leur cours d’entraînement à Interlaken, offraient une soirée d’adieu à plusieurs de leurs camarades quittant l’unité à la fin de l’année. En fin de soirée, alors que l’ambiance était à son apogée, il fut décidé d’un commun accord d’offrir à l’Esc av 4, cantonnée à l’hôtel Bären, un baptême du feu digne de frères d’arme de l’aviation.
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A cet effet, une certaine quantité de fusées d’artifice, achetées sur le marché privé, furent préparées pour saluer « sol-air », avec toute la fraternité qui s’impose, les braves camarades de la 4 qui, eux aussi, célébraient à leur manière le fin du cours d’entraînement.
L’atmosphère, qui jusqu’alors était impeccable, s’enflamma avec le départ des premières fusées et, les vapeurs de l’alcool aidant, les participants, dans un accès de camaraderie et de fraternité réciproque, manifestèrent par le bruit la capacité et le mordant d’une troupe fine prête pour la guerre…
Pour comble de malheur, dans le feu de l’action combinée, le carton contenant le solde des fusées s’enflamma et les projectiles explosèrent dans toutes les directions, donnant au spectacle une note quelque peu effrayante. Ainsi parties par la culasse, ces fusées occasionnèrent quelques dégâts matériels appréciables à des biens-fonds avoisinants.
Au moment le plus critique, les deux Commandants d’Esc av en cause maîtrisèrent la situation avec l’aide des gendarmes cantonaux et leur troupe s’éloigna du champ des opérations au son d’un chant de gloire bien connu, emportant avec elle subsistance et le reste des munitions liquides. Il semble bien que pendant quelques instants, malgré la tenue vestimentaire impeccable, un petit désarroi ait troublé quelque peu nos valeureux guerriers-pilotes et que le « bomber stream » ait dépassé un peu les limites de la noble « Ritterlichkeit » si propre aux représentants de notre armée de l’air.
Cette manifestation peu commune dans l’Oberland bernois réveilla pas mal de gens qui, pour leur plaisir, leur irritation ou leur révolte, se mirent nuitamment à leurs fenêtres.
Le lendemain matin, en compagnie des officiers de la Gendarmerie d’armée, les commandants d’escadrille participèrent au constat officiel et prirent immédiatement à leur charge et à celle des participants la réparation des dégâts causés, démontrant ainsi à la population d’Interlaken qu’ils avaient le courage de leur actes. Les Cdt Esc av 3 et 4 présentèrent d’emblée des excuses orales aux membres de la Gendarmerie cantonale et au Président de la commune, qui fit preuve d’une paternelle compréhension. Ces excuses furent confirmées par lettre, à l’instigation du Chef GA pour le cas où le Président de la commune devrait en faire état vis-à-vis de la population par la presse locale.
Les conclusions ci-après nous paraissent pouvoir être tirées de cette affaire :
1. Bien qu’ayant éveillé la rumeur publique, cette affaire ne tombe pas sous le coup de la juridiction militaire et seul le Commandant du Régiment d’aviation 1, détenteur du pouvoir de police, décidera de la suite à lui donner.
2. Il est certain qu’à un moment donné les festivités ont dépassé quelque peu les limites admissibles dans de telles occasions, mais le prestige de l’armée n’en a pas subi de préjudice pour autant.
3. La soirée récréative de fin de service des pilotes des Esc av 3 et 4 n’a pas eu un caractère différent de celles célébrées pour cultiver la camaraderie dans les autres armes telles que l’artillerie, la cavalerie, l’infanterie,etc.
4. Aucun matériel militaire n’a été utilisé à cet effet. Les pétards et fusées ont été achetés sur le marché civil et payés par les intéressés, de même que les victuailles et boissons.
5. Les pilotes de l’Esc av 4 sont restés solidaires jusqu’au bout pour le règlement des comptes. L’enthousiasme seul paraît responsable des excès déplorés.
6. Au cours de la soirée en question, une société d’entrepreneurs civils se trouvant dans le même établissement a largement contribué aux éclats des festivités et au bruit ; cependant, seuls les militaires en ont supporté les conséquences.
Il est certain que de telles manifestations doivent rester dans le cadre du milieu où la troupe est cantonnée. Il est regrettable que dans le cas particulier les limites aient été quelque peu dépassées. Mais il est d’autant plus réjouissant de constater avec quel élan de spontanéité les responsables ont réagi pour réparer les dommages causés. Cette affaire n’aura pas de suite sur le plan civil et les quelques articles de presse publiés à cette occasion seront les seuls vestiges témoignant de cette belle fête d’escadrilles…du moins l’espérons- nous ! ».
Il est vraiment difficile d’imaginer faire preuve de plus de mansuétude à notre égard ! L’attitude de son Chef nous aura vraiment conduit à revoir notre appréciation jusqu’alors mitigée de la Gendarmerie d’armée des Troupes d’aviation et de DCA. L’affaire aura eu pour seule conséquence autre que l’indemnisation des dégâts provoqués, une copieuse raclette arrosée de moult bouteilles, offerte au Chef GA, notre nouvel ami, et à son assistant, lors de notre prochain cours d’entraînement en Valais. Quelques pétards furent tirés à cette occasion…dont l’un (le plus gros !) placé directement sous le siège de l’assistant du Chef GA. Curieuse façon de témoigner notre gratitude, à remettre, sans doute, sur le fameux « mordant d’une troupe fine prête pour la guerre » !
Le 17 mars 1967, j’accomplissais mon dernier vol à la « 4 ». J’allais partir pour la transformation sur Mirage III S et pour la carrière des armes, avec pour mission de créer une équipe d’expérimentation opérationnelle pour ce type d’avion. Le roi n’était pas mon cousin. A moi les chevauchées dans les champs d’azur illimités, tout près des étoiles, là où le ciel devient noir. A moi Mach 2 ! Mais c’est la larme à l’œil et avec une intense émotion que je quittais l’ineffable famille des « Bûcherons ».
Fernand Carrel 13 octobre 2006
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