Histoire succincte
                des Mirage suisses

 Par Fernand Carrel         

Fernand Carrel  et Mirage III
Mirage III - Forces aériennes suisses

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En 1966 a lieu le premier cours de transition sur Mirage III S sous la direction on ne peut plus compétente du colonel EMG Arthur Moll, chef de l’ « Introduction Mirage » (EMIR pour Einführung Mirage). Il est secondé par le major EMG Athos Taminelli, qui reprendra le commandement de ses mains après sa nomination, en 1968, à la tête de la Brigade d'aviation 31, et par le capitaine EMG Paul Leuthold, chef-moniteur.

D’une durée de 17 semaines, les cours de transition sur la version « chasseur » ne retiennent que des pilotes de Hunter confirmés, à l’exception du premier-lieutenant Carrel, engagé en 1967 pour assurer l’expérimentation opérationnelle du Mirage III S, qui vient directement du Venom et sert de « ballon d’essai » pour la transformation ultérieure des pilotes de reconnaissance.

A l'exception des biplaces, du III C, des III S J-2301 et J-2302 ainsi que du III RS R-2101, tous les Mirage sont construits sous licence en Suisse, par la Fabrique fédérale d'avions F+W d' Emmen pour la cellule et le montage final et par la firme Sulzer A.G. à Winterthur pour le réacteur. La livraison des appareils construits sous licence s'étend de juillet 1965 jusqu'à fin 1969 (J-2303 à J-2336 pour les III S et R-2102 à R-2118 pour les III RS).

En 1967, les 3 escadrilles de Mirage prévues sont formées : les Escadrilles de chasse 16 (capitaine Ruesch) et 17 (capitaine Pellanda), équipées de Mirage III S puis l’Escadrille de reconnaissance aérienne 10 (capitaine Hürlimann), qui sera munie des 18 Mirage III RS. Conformément aux directives du Parlement, les deux escadrilles de chasse reçoivent deux tiers de pilotes professionnels et un tiers de pilotes de milice alors que l’escadrille de reconnaissance doit être constituée de deux tiers de miliciens et d’un tiers de professionnels. C’est à l’automne 1967 qu’est livré le simulateur du Mirage III S (SIMIR), après une complexe mise au point du mariage du système TARAN de Hughes et du Mirage français de Dassault. L’un des plus modernes au monde à l’époque, il est placé sous la responsabilité du capitaine Gion Bezzola.

 Il est intéressant de noter qu'afin de permettre l'instruction et l'entraînement des pilotes sur le système de conduite de tir avant la livraison du simulateur, une composante air-air du TARAN est montée dans une tour sur le toit d'un hangar de l'aérodrome de Payerne. L'axe de l'antenne du radar peut pivoter en azimut et en élévation, permettant ainsi la recherche et l'accrochage de buts réels,  avions civils comme militaires, évoluant à proximité de la base aérienne, y compris dans la voie aérienne G5 très fréquentée.

En mars 1968, les deux escadrilles de chasse sont déclarées opérationnelles. Les Esc av 16 et 17 sont toutes deux basées pour leur entraînement normal à Payerne. Mais leurs aérodromes de guerre, sur lesquels elles effectuent leur premier cours d'entraînement double (CED) en 1969, sont respectivement Buochs pour l'Esc av 16 et Tourtemagne pour l'Esc av 17. Après trois CED à Tourtemagne, cet aérodrome est abandonné par l'Esc av 17, en raison de sa piste trop courte et des obstacles, comme la ligne de chemin de fer à proximité immédiate du seuil de piste 26, qui le rendent inapproprié sinon dangereux pour les opérations nocturnes avec Mirage. Dès 1972, Payerne devient aussi la base de guerre de l'Esc av 17. L'Esc av 10 de reconnaissance aérienne est basée à Dübendorf en temps normal et se déploie vers Buochs comme base de guerre, avec un détachement de 4 avions à Payerne.

 La conversion des personnels au sol débute en février 1968 à Buochs, sous la responsabilité de spécialistes formés en France. Le premier cours de répétition d'une unité terrestre de milice, en l'occurrence la Compagnie d'aviation 3, se déroule sans problèmes en 1969, à Tourtemagne, avec l'Escadrille d'aviation 17.

 Une patrouille acrobatique de quatre Mirage est constituée en 1968, à l'occasion des "Journées de l'Armée" à Genève.  Sous la conduite du capitaine Pellanda puis du capitaine Haas, elle effectue plusieurs démonstrations avant d'être dissoute en 1974, suite à un dramatique incident à Payerne. Lors d'une ressource initiée trop tardivement, le "charognard" racle le sol sur plus de 200 mètres et l'ailier gauche rentre avec des branches d'arbre dans ses prises d'air…après avoir dû rallumer son réacteur! Les Mirage sont trop précieux pour être soumis à de tels risques et c'est la Patrouille Suisse sur Hunter, puis sur Tiger, qui restera l'ambassadrice attitrée de la Troupe d'aviation.

Le 3 avril 1969, la Troupe d’aviation perd son premier Mirage, un biplace III BS (U-2002) qui s’abîme dans le lac des Quatre-Cantons suite à une panne de réacteur : seul le moniteur, le major EMG Taminelli, parvient à s’éjecter avec succès, quoique d’extrême justesse. L’avion est rapidement remplacé par l’acquisition d’un quatrième III BS (U-2004). Après la perte d’un autre biplace par collision en vol en 1977 (U-2003), ce sont deux Mirage III DS qui sont achetés en 1983. A cette occasion, tous les biplaces reçoivent l'immatriculation "J-…" (J-2001, J-2004, J-2011 et J-2012).

Astérix au roulage à Melun-Villaroche - F. Carrel

Astérix au roulage à Melun-Villaroche. Aux commandes, le capitaine Carrel.

Dans les années 60, la F+W étudie, en collaboration avec Dassault, la possibilité d'améliorer les performances à basse vitesse du Mirage III par des moyens aérodynamiques. Le constructeur français commence par monter deux petits plans fixes de 80 cm d'envergure, appelés "moustaches",  derrière le radôme de l'avion; c'est le projet "Astérix".

Après qu'en octobre 1968 les pilotes du Groupement de l'armement Häfliger et Brunner aient effectué chacun un vol sur le Mirage III RD N° 363 ainsi modifié, c'est sous la houlette experte de Jean-Marie Saget, pilote d'essais AMD, que cet appareil fait l'objet d'une courte évaluation par deux pilotes de la Troupe d'aviation, les capitaines Carrel et Ruesch, fin janvier 1969 à Melun-Villaroche. Dassault poursuit les études et les essais en équipant un autre Mirage III de moustaches rétractables. Le projet aboutira au développement du Mirage Milan, équipé d'un réacteur ATAR 9 K-50.

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